Par : 

Michel Lambert,

Les Éditions GID



 

  • Vol. 1 Ses origines autochtones (mars 2006)
  • Vol. 2 La mer, ses régions et ses produits (oct. 2006)
  • Vol. 3, 1re partie: La forêt, ses régions et ses produits (mars 2009)
  • Vol. 3, 2e partie
  • Vol. 4 La plaine du St-Laurent et les produits de la ferme traditionnelle (mai 2011)
  • Vol. 5 Le monde à notre table : ses cuisines et ses produits (mai 2013)

UNE COLLECTION DE RÉFÉRENCES, D’HISTOIRE ET DE CULTURE

DP Une œuvre de cette ampleur sur l’histoire de la cuisine est impressionnante. Pour arriver à ce résultat, on devine facilement la passion qui vous a animé. Vous êtes membre de la SCCPQ certes, mais encore, Michel Lambert, qui êtes-vous?
 
ML Ma passion pour la cuisine a commencé très jeune vers l’âge de 10 ans. Déjà j’étais un « trippeux » de cuisine avant la lettre. J’ai été professeur de littérature et de linguistique pendant trente ans, au niveau collégial, à Montréal et Chicoutimi. Une partie de mes études en France fut l’occasion pour moi de découvrir des cuisines familiales différentes, surtout celles de mes amis qui étaient originaires de la Normandie et de la Bretagne. Déjà sensible au monde culinaire familial, c’étaient je faisais vraiment des découvertes fantastiques. Les parfums et les odeurs de la cuisine m’envoutaient et dès lors, j’ai compris que notre identité personnelle et culturelle est étroitement liée à notre alimentation.

Pendant une trentaine d’années, mes expériences d’enseignement sur la Côte-Nord, à Montréal et au Saguenay m’ont permis de constater de nombreuses différences dans les cuisines de nos régions.

DP Comment êtes-vous passé de la littérature à la cuisine?
 
ML En ’88, pour répondre à une demande du milieu, mon épouse et moi avons converti notre chalet de La Baie des Ha! Ha! en auberge, La Maison de la Rivière. Ce fut le début d’une nouvelle aventure. Évidemment, en bon entrepreneur, il me fallait assurer un revenu stable, ce à quoi mon enseignement pourvoyait, alors qu’en plus j’aidais ma femme au travail à l’auberge. Au début, j’engageais de jeunes cuisiniers tout en mettant la main à la pâte, mais ne pouvant garantir du travail à mes cuisiniers sur une base annuelle, j’ai graduellement assumé le poste de chef.
Voulant assurer le succès de notre entreprise, mon épouse et moi avons suivi des formations en technique de gestion hôtelière et de cuisine à l’ITHQ.
 
J’ai développé une cuisine inspirée de la cuisine autochtone, de celle de ma mère et de ma grand-mère et de ce que la nature, la bonne terre  du Saguenay, m’offrait. Dès 1987-88, j’ai introduit dans ma cuisine plusieurs plantes sauvages que je cueillais à chaque jour. J’offrais alors une cuisine que j’appelais  « cuisine environnementale ». Cuisine de mon pays, cuisine de ma région. Mon gout pour la cuisine n’a cessé de croitre.
Ma curiosité n’avait pas de fin. Avec mon grand ami Marcel Bouchard, nous avons beaucoup échangé sur nos connaissances des produits, sur la cueillette en forêt. Nous avons élaboré plusieurs menus typiques à notre région dont l’un pour le Premier Ministre français lors d’une visite officielle. Nous avons développé la Cuisine régionale dans ses tout débuts.

DP On devine toute la passion qui vous animait déjà. Je regrette de ne pas avoir eu l’occasion de m’assoir à votre table. J’y aurais fait des découvertes étonnantes j’en suis sûr. Donc, vous avez passé dela littérature à la cuisine… Mais comment avez-vous fini par déboucher sur l’écriture? Surtout comment êtes-vous parvenu à la création d’une collection aussi impressionnante?
 
ML En 1995, suite à un grave accident de voiture, j’ai été en arrêt de travail près d’un an et demi. Je pouvais difficilement envisager de retourner faire de longues heures en cuisine. J’ai eu le temps de jongler et de refaire mes choix de vie. Durant cette période, une image me revenait souvent à l’esprit : mon grand-père me donnant à Noël un crayon de plomb et une orange. Je me demandais pourquoi… Puis, un jour, j’ai compris que l’écriture, en lien avec la nourriture, allait  devenir  ma nouvelle orientation. De là, j’ai adapté ma passion pour la cuisine en voulant faire connaitre notre patrimoine culinaire qui était très peu connu. Mon rôle pédagogique, ma mission éducative revenait à la surface.
 
DP Lorsque vous avez décidé d’entreprendre la rédaction de cette somme qu’est L’histoire de la cuisine familiale du Québec, quel était votre plan d’action? Comment comptiez-vous aborder votre immense projet?
 
ML J’ai dû prendre le temps de réfléchir sur comment je ferais cette recherche et comment j’allais la structurer. J’ai donc planifié dès le départ les cinq  volumes et leurs thèmes. Chacun d’entre eux fait d’abord l’objet d’une section culturelle et historique,  puis d’une seconde consacrée aux aliments.

Ainsi je raconte l’histoire de la cuisine à partir des garde-manger des quatre grands courants qui ont marqué notre évolution culinaire, les quatre cultures fondatrices de notre cuisine québécoise : l’algonquienne, l’iroquoienne, la française et la britannique. Comme vous voyez, on peut donc déjà parler de cuisine « fusion ».

 
DP Pour pouvoir écrire l’histoire de la cuisine familiale vos recherches ont du être laborieuses. Comment avez-vous procédé?
 
ML Beaucoup d’heures de lecture de livres d’histoire dans les bibliothèques officielles, certes, mais aussi d’innombrables rencontres avec des gens dans chaque région, dans les mairies, contacts avec les associations, les communautés religieuses, les amis, les rencontres fortuites, etc. J’ai carrément sillonné le Québec. Je consignais tout. Je questionnais et j’invitais les gens à raconter la cuisine qu’ils faisaient chez eux, dans leur famille, dans leur milieu. Je me suis efforcé d’être le plus fidèle possible dans la transmission des informations reçues.
 
DP Vous me disiez que votre but était de donner des outils pour bien connaitre notre cuisine et avoir de la profondeur dans la connaissance de celle-ci. Croyiez-vous avoir atteint vos objectifs avec cet ouvrage de près de 5000 pages?
 
ML La réception du public est bonne. Le premier volume a déjà été réédité. Plusieurs jeunes s’intéressent de plus en plus au volet historique de notre cuisine québécoise. Beaucoup de jeunes chefs s’en inspirent dans la cuisine de leur restaurant. Notre histoire culinaire est issue de nos familles.  « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. » La cuisine est un facteur d’identité. Il y a encore beaucoup à faire pour valoriser notre histoire culinaire.
 
DP Je sais qu’en 2012 votre ouvrage vous a mérité le « Prix hommage Renaud-Cyr ». Une reconnaissance plus que méritée. Félicitation! Quelles ont été jusqu’à présent les retombées de ce travail titanesque?
 
ML Un premier impact est la création de  « Cuisine patrimoniale du Québec » que j’ai fondée avec la collaboration de Guillaume Cantin, Emmanuelle Choquette et Audrey Simard. Nous nous sommes donnés comme mission de « faire connaitre aux Québécois la diversité et la richesse de leur patrimoine culinaire et, surtout, de les rendre fiers de cette dernière. »
Ce qui serait souhaitable c’est qu’un volet d’enseignement d’histoire culinaire québécoise soit intégré au programme de cuisine qui mène au DEP. À mon avis, ce serait très important. Notre histoire culinaire est une valeur sure aux niveaux touristique et culturel, mais encore faut-il bien la connaître et en avoir une certaine profondeur. Il faut la rendre accessible aux jeunes.
 
DP Merci M. Lambert. J’espère que ces quelques lignes convaincront les gens de vous lire assidument et de référer souvent à vos ouvrages pour y découvrir une histoire passionnante, tout en voyageant grâce à vos écrits. Vraiment, ils vont y faire des découvertes passionnantes.