Par Jean-François Dommerc

Chères lectrices,
chers lecteurs,

Dans ce numéro du Potaufeu, nous avons voulu connaitre l’opinion des membres sur l’impact de la médiatisation de leurs métiers et de l’industrie en général. Évidemment, il est bien difficile d’aborder le sujet sans parler d’une certaine « starisation » que le phénomène d’hypermédiatisation a engendrée. Celle-ci transforme les paradigmes établis et vient modifier notre perception de la réalité. Au point de penser que la cuisine ne serait que ça. Or vous, les professionnels de l’industrie, savez mieux que quiconque que cela ne représente qu’une infime partie de votre réalité. Les opinions exprimées dans ce numéro en font foi.

À mon humble avis, ce phénomène, dans sa forme et son intensité actuelles, ne peut que se transformer, voire même s’estomper. Avec la disponibilité de contenu sur le Web et l’adoption rapide des outils intelligents pour y accéder, les habitudes se transforment à une vitesse fulgurante. Les « vrais » intéressés, ceux qui cuisinent vraiment, n’ont plus besoin d’acheter des livres de recettes ou d’écouter des émissions de cuisine. Ils n’ont désormais qu’à choisirun produit et chercher sur la toile la meilleure façon de le travailler. J’ai bien peur que les autres, ceux qui aiment le vedettariat, ce qui brille (le glamour) et qui, après avoir consommé les produits médiatiques offerts, vont se « taper » un bon plat préparé en usine… ceux-là donc feront ce qu’ils font depuis toujours : ils se détourneront et passeront à autre chose. La popularité et l’engouement baissant, les médias tourneront eux aussi le dos à la profession.

Il ne s’agit pas ici d’être pessimiste, au contraire. Tout se transforme et c’est tant mieux. Au passage, tout cela aura été somme toute positif. Des restaurants et quelques chefs propriétaires auront bénéficié d’une manne sans pareil. Nous aurons collectivement pris conscience, à divers degrés, de la qualité de nos produits. Nous aurons gagné en fierté et peut-être serons-nous devenus un peu plus compétant dans nos choix alimentaires. Cette disponibilité médiatique est un élément stratégique important dans le « success story » de plusieurs et je suis certain qu’une nouvelle génération de cuisiniers saura s’adapter pour faire face aux changements annoncés. On devra  trouver de nouvelles façons de se mettre en marché.

Qu’on le veuille ou non, nous connaitrons bientôt une fragmentation telle des sources d’information et de divertissement que la télévision, dans sa forme actuelle, sera menacée de disparaitre. Elle cèdera la place à un éventail de supports parmi lesquelles nous choisirons des produits ultra-spécialisés, livrés à la demande ou via des services de type « push ». Notre téléviseur lui-même sera relié au nuage, offrant ainsi un Nouveau Monde d’images et de médias anonymes ou spécialisés. Le lien social que représente actuellement la télévision va se transformer en profondeur. Notre société et les modèles économiques qui s’y rattachent seront poussés vers de nouveaux défis, de nouvelles opportunités.

Au total, bien que la profession jouisse présentement d’un intérêt certain de la part du public, il est notoire que la reconnaissance des compétences professionnelles et les conditions de travail de l’industrie n’ont pas beaucoup évolué. Les réalités économiques et les impératifs de rentabilité sont les mêmes et ça, ce n’est pas prêt de changer.

Une chose reste certaine, pour se mettre en valeur, les cuisiniers, les pâtissiers et les boulangers devront composer avec cette nouvelle réalité et user de créativité pour rejoindre leur public. Serait-il utile d’ajouter dès maintenant des cours de communication et d’utilisation des médias sociaux à la formation en cuisine ?

Bonne lecture