Par : Sophie Benoît

Depuis quelque temps, le melon de Montréal suscite un très vif intérêt de la part de certains semenciers, de jardiniers intéressés par les légumes du patrimoine et même… des médias. L’histoire mythique de cette variété de cucurbitacée exerce une réelle fascination grâce à sa taille imposante et son goût parfumé qui rappelle celui de la muscade. Depuis 2004, le melon de Montréal est reconnu à l’Arche du goût de Slow Food. C’est un ambitieux projet qui répertorie les produits qui ont une importance culturelle et/ou historique et qui sont menacés par les modes de production industrielle.

Le fleuron de l’agriculture de Montréal

De la fin du XIXe jusqu’au début du XXe siècle, le melon de Montréal jouissait d’une grande popularité le long de la côte Est de l’Amérique du Nord. Il avait une place de choix sur les tables des plus nantis qui le dégustaient dans les restaurants chics des hôtels de New York et de Boston. Son prix ne cessait d’augmenter. On raconte même qu’il valait environ 25 à 35 $ la douzaine et qu’une seule tranche se vendait alors 1,50 $ ce qui, pour l’époque, était aussi dispendieux qu’un plat de viande. 

Cette appellation « Melon de Montréal » remonterait aux années 1870. Il aurait été introduit par les Français et cultivé par les jésuites. Cette souche serait à l’origine de divers croisements effectués avec plusieurs autres variétés de melon. De taille imposante, il pouvait atteindre jusqu’à 30 livres. Avec des rainures profondes, sa chair était verte et son goût parmi les plus aromatiques des autres variétés. Quelques familles, les Décarie et les Gorman, cultivaient une grosse production de ce délicat melon, sur des terres extrêmement fertiles bénéficiant d’un microclimat, à l’emplacement actuel du quartier

Notre-Dame-de-Grâce et Côte-des-neiges.
 
À partir de 1920, la culture du melon de Montréal fût peu à peu abandonnée par suite d’une plus grande urbanisation et de changements en agriculture orientés vers la culture de variétés nécessitant moins de main-d’oeuvre et de soins constants. Car il faut dire que le transport de ce très fragile mastodonte représentait tout un défi. 

Un retour très attendu pour le melon de Montréal

Les semences du fameux melon de Montréal sont entourées de mystère et de polémique. Leur authenticité est loin d’être acquise. En 1996, à la suite de diverses recherches, un journaliste de The Gazette,retrouve un lot de semences en Iowa qui pourrait peut-être correspondre à cette variétési prisée. Mark Abbey contacta donc un agriculteur biologique de l’Île-Perrot, M. Taylor, et lui remit 200 semences. Ce dernier s’adressa à l’agriculteur Fred Aubin, le père de M. Aubin ayant cultivé cette variété pour la famille Décarie et lui demanda de l’aider à le cultiver. Fred Aubin a passé son enfance dans les champs de melon et il en possède encore la mémoire gustative. Pendant plusieurs années, de 1998 à 2003, il sélectionna minutieusement les meilleures graines pour la culture. Le travail a été pourvuivi par sa fille, Debra Aubin jusqu’à il y a deux ans. Le résultat obtenu se rapprochait beaucoup des caractéristiques du melon de Montréal par son goût
et par la couleur de sa chair, mais à la différence de son poids beaucoup plus petit qu’à l’origine.
 
Le comité de l’Arche du goût de Slow Food Montréal cherchait depuis longtemps à obtenir des graines qui soient fiables. La journaliste Sophie Lachapelle a procédé à de multiples recherches auprès des semenciers pour faire la lumière sur la provenance des graines du melon de Montréal. Elle a pu retrouver la fille de Fred Aubin et ainsi mettre la main sur des
graines qui seraient les plus authentiques disponibles à ce jour. Elle les a remises à Slow Food, qui procède actuellement à des tests en partenariat avec la ferme Coopérative Tournesol, près de Montréal, et les Jardins de l’Écoumène, dans Lanaudière. Marilyn Burgoyne, responsable de l’Arche du goût auprès de Slow Food Montréal, nous a informé que si la récolte s’avère concluante, Slow Food Montréal demandera de le faire reconnaitre comme Sentinelle, étape importante vers un plus grand soutien en vue d’une éventuelle commercialisation. Le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV) montre aussi un intérêt marqué pour le melon de Montréal.

Jean-François Lévesque, fondateur des Jardins de l’Écoumène, spécialisé dans la production de semences biologiques du patrimoine, cultive le melon de Montréal issu des souches Taylor depuis une dizaine d’années. Pour cette saison, il vient tout juste de semer 200 graines. Il souhaite réussir à recréer des conditions optimales de culture, propres au savoir-faire de l’époque. Passionné par cette variété, il nous apprend que suite à des recherches méticuleuses et de multiples essais, il a découvert des procédés susceptibles d’en augmenter la qualité. Par exemple, on utilise des pierres pour faire pousser le melon, créant ainsi une masse thermique afin de mieux distribuer la chaleur. « Il est aussi nécessaire de tourner le melon sur lui-même à chaque deux semaines pour lui permettre d’être exposer au soleil de façon plus uniforme. » À l’époque, on utilisait du fumier de cheval comme engrais. Avec toutes ces modifications, M. Lévesque est très enthousiaste de constater le résultat de toutes ses attentions pour le melon, au moment de la récolte, à la fin de l’été.
 
Le melon de Montréal suscite aussi l’intérêt de la Société-orignal, plateforme de création et de distribution qui travaille avec des familles d’agriculteurs et des restaurateurs. Alex Cruz, co-fondateur et responsable de la recherche et développement, confirme qu’il s’est procuré des semences et a demandé à un agriculteur de Laval de les cultiver. Des essais avaient déjà été effectués l’année dernière. Il souhaite pouvoir obtenir des melons de bonne qualité et retrouver cette saveur si particulière, dans le but de les rendre disponibles au public. Pour lui, les variétés patrimoniales constituent une valeur ajoutée.
 

La reconnaissance des produits québécois à l’Arche du goût

Les attentes exprimées lors de la tenue de Terra Madre, en octobre dernier, par le président de Slow Food, M. Carlo Petrini, en faveur d’une plus grande inscription de produits canadiens à l’Arche du goût (soit 14 produits par année) sont assez ambitieuses. Le comité de l’Arche du goût de Slow Food Montréal a comme objectif d’obtenir un minimum de deux demandes acceptées par année et une Sentinelle à tous les deux ans. Plusieurs produits sont actuellement à l’étude : le loup marin, l’ail Northern Québec, le concombre Tante Alice, le beurre au pomme, la gadelle, la courge hubbard et le pouding chômeur. Au Québec, la vache canadienne, la poule Chantecler, le melon de Montréal et, plus récemment,
le cidre de glace par cryoextraction sont inscrits à l’ Arche du goût, regroupant 14 produits à travers le Canada.
 
Plusieurs autres variétés de produits dits patrimoniaux devraient être mieux connus et surtout être présents sur les étals de nos marchés publics et fermiers. Souhaitons que le melon de Montréal puisse retrouver rapidement sa place sur nos tables pour le plus grand plaisir de nos papilles gustatives. Depuis trop longtemps le goût de certains fruits et légumes demeure platement uniforme. Les chefs devraient pouvoir habilement créer grâce à cette magnifique variété de melon
et ainsi le faire découvrir au public en l’affichant fièrement sur leurs cartes.

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Pour en apprendre davantage, nous vous invitons à consulter différents sites.

Jardin de l’Écoumène : http://www.ecoumene.com

http://www.montrealmelon.com

Potagers d’antan : http://potagersdantan.wordpress.com/2011/10/18/le-melon-de-montreal-cucumis-melo

Slow Food Montréal : www.slowfoodmontreal.com

Slow Food Canada : www.slowfood.ca

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Réunion nationale de Slow Food Canada

À l’occasion de la rencontre nationale de Slow Food Canada, le convivium Thompson-Okanagan, en Colombie-Britannique, accueillait les délégués de partout au pays. Il faut dire que les petits producteurs artisans pullulent dans cette très belle région. La réunion se tenait à Osoyoos du 25 au 28 avril dernier.

Bobby Grégoire, président de Slow Food Montréal et coprésident de Slow Food Canada, accompagné de quelques délégués, participait à la rencontre ayant pour but de présenter l’évolution des dossiers. On trouvait parmi ceux-ci les projets internationaux de la Fondation Slow Food pour la biodiversité et pour définir des moyens d’action sur le plan national. Au cours de la fin de semaine, l’organisme a reconnu cinq « héros alimentaires » pour le Canada, soulignant l’importance de leurs travaux et leur contribution à l’implantation d’un système alimentaire bon, propre et juste.

Deux campagnes d’information nationale seront mises de l’avant au cours des mois qui viennent : Slow Fish, pour la défense des produits de la mer bons, propres et justes, et une autre campagne sur le lait cru, dans le but de valoriser ce choix et permettre un accès libre aux consommateurs. D’ailleurs, Slow Food Montréal travaille déjà activement sur la valorisation du lait cru ; il est aussi impliqué avec le réseau international de la campagne Slow Fish.