Par Pierre Auclair

Conseiller pédagogique


Chef de cuisine, entre l’ombre et la lumière !

Je me rappelle de joueurs de hockey comme Stéphane Richer et Patrice Brisebois lorsqu’ils ont atteint la Ligue Nationale. Un talent brut et aucune préparation pour faire face aux médias. Une bonne dose de maladresse et un « brin » d’arrogance au cours des conférences de presse. Même le grand Guy Lafleur, mon idôle de jeunesse, n’est encore aujourd’hui pas vraiment confortable devant la caméra. Je fais partie des gens qui pensent, et la grève étudiante nous l’a assez bien démontré, que les jeunes sont mieux outillés que nous l’étions pour affronter la vie, tant dans le sport qu’en formation professionnelle.

Foodies en expansion
Qu’est-ce qui explique l’engouement soudain et quasi planétaire pour l’alimentation ? Peut-être la décadence des sociétés, comme cela s’est produit chez les Grecs et les Romains ? C’est du moins ce que pense un de mes collègues qui voudra garder l’anonymat… ! Je trouve aussi qu’il pousse un peu fort sur le bouchon. La prise de conscience de l’impact important de l’alimentation sur la santé n’est plus remis en question, mais peut conduire à des excès de tous genres. Le côté ludique et les découvertes qu’on peut faire dans la cuisine sont en soi des motivations suffisantes.

Amenez-en de la pression ? Est-ce que les chefs et les nouvelles recrues qui envahissent actuellement les cuisines sont pour autant du calibre de la Ligue Nationale ? Tout comme les jeunes hockeyeurs aujourd’hui, et ceci serait en partie explicable par l’intense et immédiate diffusion des médias sociaux, ils sont conscients de l’énorme impact des communications dans leur vie.

On parle des « belles-mères » au hockey et des « gérants d’estrade », mais est-ce que la population en général ne serait pas en train de devenir critique culinaire à ses heures ? À force d’être constamment scrutée, va-t-on finir par tuer la poule aux œufs d’or ? Évidemment, il y a bien des gens qui se plaisent et se complaisent sous les feux de la rampe, mais il existe indéniablement un certain malaise pour beaucoup de gens de l’industrie face à ce concert de casseroles. Beaucoup de tape-à-l’œil engendré par ce syndrome du voisin gonflable.

Dans le milieu de l’enseignement
Un fait demeure, depuis l’engouement du vaste public pour les « show » culinaires, les inscriptions dans les programmes de Cuisine et de Pâtisserie au cours des cinq dernières années ont augmenté de 30 à 35 %. On rénove des centres, on en construit de nouveaux et on augmente l’offre pour profiter de cette manne.

Mais cela va-t-il durer ? Avec tout le développement qui se fait du côté des fournisseurs et des producteurs, peu s’en trouvent pour prédire le contraire.

Par contre, la diplômation de ces nouveaux convertis ne suit pas la même courbe. 20 % d’augmentation en Cuisine mais seulement 3 % des 115 étudiants additionnels qui se sont inscrits en Pâtisserie au Québec ont obtenu leur diplôme dans le même laps de temps… « C’est normal, ce sont des jeunes et ils ne savent pas ce qu’ils veulent devenir…, » diront certains. C’est que la réalité du métier, en dépit des formules d’apprentissage en milieu de travail, alternance travail-étude, frappe dur. Un grand nombre quitte le métier après seulement quelques années. 

Au risque de paraitre fataliste, j’avancerai que les personnes qui ne font que passer dans cette industrie iront enrichir de leurs compétences (transversales) acquises leurs futurs milieux de travail et deviendront des ambassadeurs de cette industrie qui fait rayonner Montréal et tout le Québec